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David Josselyn

Peinture, sculpture, installation

David Josselyn
Vu de ma pièce "Nous ne verrons plus le soleil se coucher sur la grève" (2022) dans l'exposition "Les vibrations du monde" à la Galerie Chabrier, Saint-Pierre-des-Corps. Exposition en partenariat avec le CCCOD, Talm-Tours, les Ateliers de la Morinerie et la Ville de Saint-Pierre-des-Corps.
Tours

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David Josselyn
Vu de ma pièce "Nous ne verrons plus le soleil se coucher sur la grève" (2022) dans l'exposition "Les vibrations du monde" à la Galerie Chabrier, Saint-Pierre-des-Corps. Exposition en partenariat avec le CCCOD, Talm-Tours, les Ateliers de la Morinerie et la Ville de Saint-Pierre-des-Corps.

L’odeur, la couleur, la figure, la solidité, la température, la maniabilité, la sonorité. Selon René Descartes, c’est ici que reposent nos perceptions sensibles du monde, nous conduisant sans discernement vers l’erreur. Et pourtant, le constat écologique et environnemental alarmant face auquel nous nous trouvons m’amène à me recentrer sur notre rapport à la Terre, dans le but d’une reconnexion sensible à celle-ci. 

Durant quatre années, mes recherches se sont concentrées sur le Virus de l’Immunodéficience Humaine (V.I.H.). Une thématique prédominante devenant autant source d’inspiration que d’introspection. Ma volonté première était alors de rendre compte des discriminations encore très présentes face à ce virus pour les communautés porteuses de celui-ci. Devant la lourdeur de ces actualités, j’ai ensuite décidé de prendre le contre-pied de cette démarche en portant un message optimiste et positif. Ce tournant est marqué par la création de ma pièce Hypnagogie, pour laquelle la cire devient l’incarnation du V.I.H. dans les fluides corporels, me permettant notamment de rendre compte de la réalité médicale et sociale de ce virus aujourd’hui. Créée à partir d’éléments domestiques, cette sculpture performative aux allures érotico-futuristes porte l’idée d’une menace en projetant des jets de cire en direction du spectateur qui la confronte. Cette action violente se voit paradoxalement diminuée par le caractère poétique de la cire qui se propage, se figeant peu à peu en un paysage abstrait. 

Mon regard évoluant au rythme de notre société, l’arrivée dans notre quotidien d’une nouvelle pandémie (le Coronavirus) m’entraîne maintenant à questionner nos responsabilités quant à notre impact sur l’environnement. L’installation de l’ère anthropocène, officialisée en 2016 par le congrès international de géologie, nous oblige effectivement à admettre que la Terre n’est pas un simple décor inerte au service de l’espèce humaine. Au contraire, celle-ci porte toute la biodiversité du monde, dont nous faisons irrémédiablement partie. Le développement économique et social de nos activités engendre pourtant des conséquences allant jusqu’à surpasser la géophysique elle-même. Loin d’un discours moralisateur, il me semble cependant plus pertinent de rediriger le regard sur les processus immanents parmi lesquels nous vivons et agissons. 

Le recours à la cire dans ma pratique a également bouleversé mon rapport à l’œuvre, priorisant pour lors les caractéristiques d’une matière à sa forme en elle-même. La question du processus est de ce fait centrale dans mon travail. La cire, étant une matière vivante, réagissant notamment au climat ambiant, porte une symbolique écologique et environnementale puissante, en écho aux processus inhérents au monde, autant que dans sa capacité de refonte permanente permettant une revalorisation de la matière. 

C’est à travers ma pièce Ce qu’il en reste que ma pratique s’installe dans une nouvelle direction. Ces monolithes de cire reprennent l’exacte largeur d’une carotte de glace, outil scientifique majeur dans la compréhension des variations environnementales passées. Celui-ci est nécessaire à l’appréhension et à la lutte contre l’évolution du climat présent et futur. Grâce à des mèches insérées à l’intérieur de chaque monolithe, ces derniers tendent peu à peu à disparaître, à l’exemple du recul progressif des calottes glaciaires dû au réchauffement climatique. Désireux de faire évoluer ma pratique par le biais d’autres médiums, j’initie aujourd’hui l’exploration de nouveaux matériaux tels que la céramique, l’eau, ou encore le feu, tout en poursuivant l’utilisation de la cire et de la machinerie. 

Ma production se déploie ainsi à travers des œuvres performatives, qui convoquent aussi bien des machines éco-conçues que des matériaux naturels. L’entrecroisement et l’évocation de formes fabriquées et de formes biomorphiques me permet de créer une confrontation entre le théâtre de l’Homme et celui de la nature. En invoquant les concepts de cycle et de métamorphose, mon travail instaure une connexion à un monde sensible. Le matériau devient alors l’objet d’une entité poussant le spectateur à mener une introspection et à interroger ses représentations du monde et la perte de conscience de celui-ci. Jouant sur la temporalité et l’autonomie des matériaux et des pièces, je compose le vocabulaire d’un langage me permettant de démontrer les évolutions, les transformations, ou encore les disparitions de la matière et d’un vivant silencieux. Mon travail invite ainsi à plonger dans le monde des choses, pour mieux en saisir la réalité et en réécrire l’histoire.