Portrait · La commission Déontologie et rémunérations
La sortie du contrat de performance nous donne l’occasion de présenter la commission. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
La commission a débuté en 2020 à la suite du SODAVI pour réfléchir à un référentiel de rémunérations et une charte de déontologie.
Nous avons travaillé presque deux ans sur ces outils puis nous les avons faits valider lors de l’Assemblée Générale du réseau en 2022. La Région et le DRAC ont officiellement signé la charte de pratiques équitables et son référentiel lors des Rencontres régionales des arts visuels de 2023.
Après une pause d’un an, la commission a repris de manière ouverte, chaque membre proposant une ou plusieurs pistes de travail, telles que :
- Comment diffuser le référentiel de rémunérations des artistes-auteur·rices auprès des lieux de diffusion ?
- Comment avoir une meilleure connaissance de la répartition des budgets des diffuseurs et notamment la rémunération proposée aux artistes ?
- Comment rendre obligatoire le travail avec des artistes contemporains locaux pour les lieux de patrimoine ?
Concernant le référentiel, la région l’a envoyé aux porteurs de projets PACT, ce qui est déjà une première étape même si nous aimerions une diffusion plus large.
Demander aux diffuseurs leurs budgets et la rémunération proposée aux artistes n’a jamais été fait jusqu’à présent. La DRAC récupère déjà ces données et poser la question une deuxième fois aux structures nous paraît délicat.
Nous avions également pour piste de réfléchir aux questions d’accès au chômage ou à l’intermittence pour les artistes-auteur·rices. Cette question se joue à un niveau national et elle est présente dans les syndicats. La commission ne nous a pas semblé être l’endroit idéal pour ce sujet, mais on en parle souvent entre nous.
Sur quelle piste vous êtes-vous orienté·es ?
Nous nous sommes orienté·es vers la plateforme de location d’œuvre d’art, que nous appelions au début artothèque.
François Bonneau avait annoncé la création d’une artothèque régionale. Cela n’a pas eu lieu : les fonds prévus ont servi à autre chose et il nous a semblé opportun et très légitime de travailler sur ce sujet.
Tous·tes les artistes ont des œuvres qui dorment dans leur atelier. L’idée est de les faire circuler tout en proposant une nouvelle source de rémunération aux artistes.
Concernant le format, nous avons assez vite cessé de parler d’une artothèque pour plusieurs raisons :
- Nous voulions réfléchir à un format sans murs, sans collection et sans masse salariale afin de réduire au minimum les frais de fonctionnement et de retourner l’intégralité de l’argent aux artistes ;
- La région est vaste et nous voulions que la plateforme de location d’œuvres puisse profiter à tous·tes les artistes ;
- Nous envisageons un modèle coopératif dans lequel chaque artiste participe au fonctionnement de la plateforme.
Les collectivités territoriales et les entreprises constituent notre cible principale, car elles ont un budget qui permet de rémunérer correctement les artistes. Par la même occasion, la location d’œuvres leur permettrait de soutenir les artistes de la région.
Le modèle de contrat pour la performance artistique vient de sortir et une ligne pour la performance a été ajoutée au référentiel de rémunérations des artistes-auteur·rices. Pouvez-vous en parler ?
Nous savions que la partie performance n’avait pas été étudiée sur le référentiel. Or, dans la commission, deux personnes ont une pratique régulière de la performance. Grâce à leur expérience, et celle des membres du réseau, nous avons pu reprendre des contrats déjà existants et les adapter à la performance artistique. Notre objectif était d’aboutir sur un contrat éthique, décent et cohérent.
Au-delà du cachet que l’artiste reçoit pour un événement, la performance demande aux deux parties – l’artiste et le commanditaire – de s’accorder sur certains points essentiels à son bon déroulement. Le contrat et ses annexes sont là pour les rappeler.
La création de ces outils nous permet aussi de mutualiser les pratiques. D’une certaine manière, le temps que nous passons en commission à réfléchir ensemble doit permettre aux autres d’en gagner.
Avez-vous déjà eu des retours sur l’utilisation de ces deux outils ?
Une responsable de centre d’art les a déjà utilisés. Elle a fait remarquer que nous n’avions pas mis des montants très élevés dans la ligne du référentiel relative à la performance. Mais il est important de rappeler que la directrice en question avait regardé la ligne de réactivation de performance et non de création.
En tant qu’artistes, nous sommes souvent appelé·es pour réactiver des performances déjà existantes, plus rarement pour de la création. Cette distinction est soulignée dans le référentiel : nous avons fait le choix d’indiquer des montants minimums de rémunération plus importants en ce qui concerne la création.
Il est aussi intéressant de regarder les pratiques actuelles. En tant qu’artistes, nous nous tirerions une balle dans le pied en demandant des montants élevés aux diffuseurs alors que nous n’avons jamais été payés autant même dans le cas de diffuseurs qui respectent le référentiel. Ces diffuseurs contourneraient le référentiel plutôt que de tenter de se rapprocher des montants indiqués.
La composition de la commission a-t-elle des conséquences sur la manière dont vous définissez vos objectifs ?
Au début, la commission était composée de deux groupes, l’un travaillait sur la charte et l’autre sur le référentiel. Le groupe Charte était composé de Sammy Engramer, Gunther Ludwig, Isabelle Reiher et Pauline Toyer et le groupe Référentiel d’Isabelle Carlier, Emmanuelle Lauer et Cécile Pitois. Il y avait plus de salarié·es de structures dans la commission que maintenant.
La commission a fait une pause d’un an après la livraison de la charte et du référentiel. Lorsque la commission a repris au début de l’année 2024, les membres de la commission ont changé.
Les commissions transversales permettent aux membres de participer activement à la vie du réseau. Actuellement, dans notre commission, on retrouve en majorité des artistes. La présence de Cécile Rogel permet à la commission de se tenir au courant des problématiques des institutions et apporte un point de vue et des éléments de compréhension très utiles.
Malgré les contraintes de temps, il est plus que jamais important que les membres du réseau restent investis dans les commissions, autant les salarié·es que les indépendant·tes. Chaque commission doit pouvoir bénéficier de regards multiples et être représentative des membres du réseau.
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La commission « Déontologie et rémunérations » est composée des artistes Sébastien Hoëltzener, Florent Lamouroux, Emmanuelle Lauer, Ségolène Thuillart et de Cécile Rogel, secrétaire générale du CCC OD.