Portrait · Joannic Sophie
Artiste plasticienne, illustratrice et graphiste
Tu es artiste plasticienne, illustratrice et graphiste. Qu’est-ce qui t’as conduit à exercer ce métier ?
J’ai choisi de faire de la création visuelle car c’est un domaine qui en recoupe beaucoup d’autres.
Adolescente, j’ai suivi des études en arts appliqués grâce auxquelles j’ai découvert différentes voies artistiques. C’est ma maman qui m’avait parlé d’une formation qui venait d’ouvrir à côté de chez moi, au lycée Charles Péguy, à Orléans. Lorsque je l’ai intégrée, je me suis retrouvée avec des gens qui savaient ce qu’ils voulaient faire. Moi ce n’était pas mon cas. Je savais que je voulais créer, mais je ne savais pas quoi ni comment. Finalement c’est la création visuelle (aujourd’hui Design Graphique) qui m’a le plus attirée.
Après le lycée, je suis allée à Nevers pour suivre un BTS communication visuelle puis un Diplôme supérieur d’arts appliqués (DSAA). J’ai beaucoup aimé cette période que j’ai consacrée à la création. À cette époque, Nevers était une ville très vivante et je me suis beaucoup nourrie des programmations culturelles.
Qu’est-ce qui t’inspire et comment cela influe-t-il sur ton processus de création ?
Je m’inspire beaucoup de ma propre vie. J’ai, par exemple, commencé à explorer l’illustration pour me réapproprier mon corps. Je représentais ce que j’appelle des « petites bonnes femmes » avec des formes très rondes pour m’aider à accepter mes propres rondeurs. Ma pratique est assez cathartique, elle me permet de transmettre ce que je ressens. En cela, mon travail me reconnecte au monde réel comme pourrait le faire un fil téléphonique.
Concernant mon processus de création : un ressenti ou une émotion s’incarne dans mon esprit sous la forme d’un texte ou d’une image. Tout se passe comme si mon cerveau était allé collecter tout ce qui l’entoure avant de projeter une image dans mon front. Je reproduis ensuite cette image, en papier découpé (ce que je préfère), en peinture, en dessin ou même en livre. Je suis un peu comme une imprimante humaine.
Y a-t-il un projet qui t’a particulièrement marqué ?
Plus je développe ma pratique, plus j’ai envie d’aller vers la scénographie, l’art expérimental. J’ai réalisé mon tout premier projet de scénographie avec la Fabrique Opéra Val de Loire pour la pièce Nabucco. L’objectif était de créer un générique en pochoir papier. Ce fut une vraie découverte ! Jouer avec l’ombre, les pleins et les vides, c’est un travail d’équilibre. Grâce à ce projet, j’ai appris beaucoup de choses et il m’a mené vers ce que je fais aujourd’hui.
Pourquoi la scénographie en particulier ?
Ce qui me plaît dans la scénographie, mais aussi dans le graphisme ou l’illustration, c’est la notion d’expérience. Ce sont des disciplines qui permettent de rentrer dans l’Art sans s’en rendre compte. D’abord, on vit une expérience et ensuite, on prend conscience de la dimension artistique de l’œuvre – ce qui permet de rendre l’art moins sérieux, moins distant et plus humain. J’aime l’idée que l’art se vive en premier lieu.
Est-ce que tu développes une activité de transmission auprès des publics ?
Oui, je suis notamment en lien avec des scolaires. Cette année, j’ai deux projets de fresque prévus, l’un accompagné d’ateliers de réflexion/création et l’autre d’ateliers d’expérimentation plastique.
Avec les adultes, je suis plus dans la rencontre. J’ai la chance d’avoir un public qui me suit depuis longtemps et qui est assez fidèle. Il se déplace à chacune de mes expositions, achète mes œuvres, témoigne de comment mon travail a pu les aider, les toucher.
Il t’arrive d’avoir des commandes ?
Oui, lorsque je fais une exposition, souvent, on me soumet un thème auquel je dois répondre. J’ai aussi parfois des commandes de portraits. Dans ce cas, les gens me laissent libre dans l’interprétation et dans la technique utilisée. Pour créer, je procède de la même manière que pour mes projets personnels, c’est-à-dire que, je rassemble les images que j’ai dans ma tête et c’est à partir de ce moment-là que la plasticité est déclenchée.
Pour quelles raisons as-tu rejoint le réseau devenir·art ? Qu’en attends-tu ?
D’une certaine façon, j’ai l’impression d’être une « jeune » artiste : je n’ai pas fait une école de beaux-arts, je ne connais encore pas très bien les acteurs du milieu culturel.
Je suis tombée sur un prospectus de devenir·art, puis je suis allée consulter le site web et encore après, je suis venue à une réunion de présentation. J’ai commencé à rencontrer des artistes de la région et toutes les personnes avec qui j’ai échangé sont accessibles et volontaires pour partager leur expérience. La communauté formée par les membres de devenir·art est très gentille, bienveillante et safe.
devenir·art est aussi un endroit où je peux trouver des renseignements lorsque je suis perdue. Même si nous avons une pratique solitaire, nous ne sommes pas obligés d’être seul•es tout le temps.