Portrait · Magali Œchsner
Artiste plasticienne et designeuse
Quel est ton parcours ?
Je suis d’abord passée par les arts appliqués. J’ai étudié à l’École Boulle la sculpture sur bois puis l’architecture d’intérieur. Après avoir obtenu mon DSAA (Diplôme Supérieur en Arts Appliqués), je me suis mise à mon compte. Je réalisais des maquettes pour la publicité, la muséographie, la bijouterie fantaisie, … ce qui m’a permis de continuer la sculpture. Puis j’en ai eu assez de Paris, j’ai cherché du travail plus proche de la campagne. J’ai trouvé dans la Loire, dans une entreprise de produits en bois injecté. J’y ai conçu aménagements et jeux d’extérieurs, pour les collectivités et les particuliers. Ensuite, j’ai fait du design, des prototypes, des maîtres modèles pour l’industrie du plastique injecté et du verre moulé.
Comment ta pratique artistique s’est-elle développée ?
J’ai ressenti le besoin impérieux d’exprimer quelque chose. Ça s’est imposé, j’ai mis plusieurs années à comprendre d’où venait ce mouvement intérieur. J’ai commencé à faire des sculptures cinétiques avec des plumes. J’ai compris que ces mobiles représentaient des esprits. Puis j’ai eu besoin de réaliser la matrice dont ils s’étaient échappés. Pour incarner ces matrices, j’ai choisi l’albâtre, une pierre translucide.
Mon travail est plutôt abstrait. Il cherche à traduire l’incarnation de ce qui n’a pas existé, en jouant du contenant et du contenu, en utilisant divers protocoles ludiques.
Il est aussi beaucoup en lien avec la nature. Je me suis d’abord passionnée pour le jardin potager puis pour la permaculture, le jardin-forêt, et enfin la syntropie. La syntropie introduit plus de complexité, ce qui permet symbiose et abondance. Dans mes recherches, j’utilise des médiums et des techniques variés pour traduire la richesse de ce qui nous entoure.
Le mouvement perpétuel du vivant génère l’impermanence. Cette dynamique nous porte tous, mais nous luttons souvent contre, ou bien nous n’en avons pas conscience. La pratique du zen m’a permis d’observer et de sentir ces mouvements plus finement et de faire le lien avec ce que mon travail explore. Cela questionne aujourd’hui ma pratique dans l’utilisation des matériaux et leur pérennité.
Quels sont tes projets actuellement ?
Actuellement, je suis en résidence à l’Abbaye de la Prée. Cette résidence me permet de m’extraire de mon jardin, de mes travaux d’atelier et de maison. Être en résidence me permet de me recentrer sur ma pratique.
Pour celle-ci, je suis venue avec des éléments naturels dans le but de les assembler à des objets. Glanés au cours du temps et dans différents endroits, ils forment la série « 3 x rien$ | Ex-votos », qui dénonce les abus de l’exploitation de la nature. Ensemble, ils racontent une histoire.
Cet automne, j’interviens à l’EHPAD Bellevue à Bourges, dans le cadre de Culture Santé, avec le projet « Mémoire en forme(s) ». Les habitant·es seront invité·es à traduire un souvenir : graphiquement, en volume puis avec une mise en espace dans le nouveau tiers-lieu de Bellevue qui sera inauguré lors de cette restitution.
Cette année, j’ai obtenu le soutien de la région Centre-Val de Loire et cet hiver, je serai en résidence à l’École des Beaux-Arts de Châteauroux Métropole. Cela me permet de clore le corpus de sculptures « Émergences », commencé en 2017.
Lors de cette résidence, je souhaite axer mon travail sur l’expérimentation de nouveaux médiums et dimensions : des « Émergences » plus grandes, voire immersives, pensées pour l’espace d’exposition.
Comment te projettes-tu dans le futur ?
Depuis la formation CEPIA, suivie en 2023/2024, je comprends mieux comment se construit un parcours professionnel.
La résidence à Châteauroux est ma première résidence rémunérée. En parallèle de mes projets actuels, je continue de répondre à des appels à projet. Je n’ai plus d’atelier depuis mon arrivée dans l’Indre en 2021. Être en résidence est aussi un moyen de travailler dans de bonnes conditions, en attendant d’avoir un nouvel atelier. C’est aussi faire des rencontres, s’ouvrir à ce qui se présente.
J’aimerais également déposer un dossier pour Bourges 2028. Il s’agit d’un dossier complexe pour les artistes des arts visuels. Je cherche actuellement les partenariats possibles sur le territoire et à l’international. Je viens d’ailleurs de répondre à un appel à résidence à Trencin, Capitale Européenne de la Culture 2026, en Slovaquie, pour tisser un premier lien entre nos CEC.
Quels sont tes liens avec le réseau devenir·art et avec ses membres ?
Je participe à la commission Observation sectorielle, j’étais présente lors de la navette de l’art #4 qui est passée dans l’Indre, je suis présente lors des déjeuners-visio. Ces espaces me permettent de rencontrer d’autres adhérent·es.
Je fais également partie d’Entrelacs, un groupe d’artistes des arts visuels qui se retrouve à Bourges lors d’une soirée mensuelle conviviale avec partage de questionnements et d’infos.
Faire partie du réseau devenir·art me permet de voir que ça bouge, avec une volonté d’avancer, et d’y participer.