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Portrait · Guillaume Beloeil

Photographe - auteur

Photo en noir et blanc de Guillaume Beloeil transmise par lui.
Portrait · Guillaume Beloeil
Installé dans l'Indre, Guillaume Beloeil développe un pratique photographique associée à une démarche d'auteur. Il revient sur deux projets qu'il a mené récemment ainsi que sur le festival de photographie qu'il a impulsé - tout en rendant hommage à son territoire.

Quel est votre parcours et comment êtes-vous arrivé aux arts visuels et à la photographie en tant qu’autodidacte ?

Avant d’arriver dans le sud de l’Indre, j’habitais à Paris et je faisais déjà de la photo, mais de façon moins poussée. L’évolution de mon travail photographique est finalement très liée à ce changement de vie. En arrivant ici, j’ai trouvé plus de temps pour développer ma pratique, mais aussi plus de possibilité d’exposer, ce qui m’a poussé à travailler plus en profondeur.

À propos de votre pratique artistique, comment travaillez-vous ?

J’ai une démarche d’auteur : je réfléchis à un concept et à un univers visuel, ce qui fait apparaître des images que j’ai envie d’explorer. Pour développer mes projets, j’ai avant tout besoin de me nourrir : rencontrer du monde, échanger, aller voir des expositions, etc.

Je ne crois pas avoir de sujets de prédilection, tout dépend de ce que j’ai envie de raconter. La photo est mon outil, tout comme peut aussi l’être l’écriture. Mes projets tournent souvent autour de la manière dont le mystère parvient à subsister dans nos sociétés contemporaines.

Quels sont vos projets actuellement ?

Je suis sur le point de terminer la série « Les coupeurs de feu ». En arrivant dans la région, c’est un sujet qui m’ a assez rapidement attiré.

J’ai commencé ce projet avec André, un voisin coupeur de feu. Il m’a fait confiance, et tout en gardant une part de mystère, il m’a expliqué certaines choses et m’a parlé de lieux, que je suis allé voir. Et puis j’ai par la suite souhaité rencontré d’autres coupeurs et coupeuses de feu donc et ai mis une annonce sur Facebook. J’ai été contacté par une dizaine de personnes et – je pense que c’est important dans le processus – c’est elles qui sont venues vers moi. Avec chacune d’elles, j’ai pris un temps pour échanger et nous avons fait des allers-retours sur la photo réalisée. Pour progresser et libérer la parole, j’ai dû essayer de me détacher de mon jugement sans chercher à savoir si cette pratique fonctionnait réellement ou non. Là n’était pas mon propos, je n’ai pas une approche documentaire. Ce qui est important, c’est plus le regard subjectif que je porte sur le sujet.

Y a-t-il un autre projet dont vous voudriez parler ?

À côté de chez moi, il y a eu un projet de centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) qui a rencontré une très forte opposition d’une partie de la population. Parmi les arguments énoncés par les opposants à ce projet, certains étaient factuellement faux. Je me suis demandé alors comment je pouvais agir à mon échelle, afin d’apporter des éléments de réflexion non subjectif.

J’ai contacté l’HUDA d’Argenton pour que l’on puisse créer un projet ensemble. Nous avons réalisé des portraits de demandeurs d’asile. Chaque portrait est composé de deux images : une photo de la personne puis cette même photo enrichie d’un message contenant une information sourcée. Ce projet était intéressant pour plusieurs raisons. Déjà, il a permis aux demandeurs d’asile de vivre un moment de photographie hors du temps, en dehors de l’urgence vitale à laquelle ils sont confrontés. Ensuite, il a été montré aux publics lors d’une exposition à Argenton, puis, il a fait l’objet d’expositions courtes (15 jours) dans les collèges et les lycées. Grâce à l’association « accueil du coeur » les jeunes ont ensuite pu rencontrer des demandeurs d’asile lors de temps d’échange. Les photos permettent de déverrouiller la discussion avec les jeunes et de permettre aux demandeurs d’asile de raconter leur histoire. Je pense que nous gagnons à nous connaitre, à sortir des visions fantasmées que nous pouvons avec de l’Autre.

Vous êtes également à l’origine du festival « Les rencontres photographiques », comment cet événement est-il né ?

En arrivant dans la région, j’ai trouvé des endroits assez facilement pour exposer et j’avais envie de partager cette opportunité plus largement. Les rencontres photographiques s’organisent en août au Prieuré Saint-Benoit-du-Sault, un lieu mis à disposition par la communauté de communes. La première année, les rencontres se sont organisées dans un cercle assez proche, j’ai contacté des photographes que je connaissais déjà et j’ai fait beaucoup de choses seul. À partir de la deuxième année, en 2025, je me suis entouré d’une petite équipe bénévole ce qui permet de déléguer une partie de l’organisation et d’élargir nos compétences . Julien Athonady et Sophie Suberbère sont maintenant très impliqué avec moi dans l’organisation de ce festival, et c’est une vraie chance! Lors de cette deuxième édition, nous avons également eu de très bons retours du milieu de la photo et une reconnaissance du public : 1500 personnes sont venues.

Quelle est l’ambition de ce projet ?

L’événement peut prendre de l’ampleur, être plus long ou plus grand, mais je tiens absolument à conserver le coté « rencontres » en programment des conférences, des lectures de portfolio, etc. Le lien avec les publics aussi est important : nous travaillons avec les scolaires et les centres de loisirs pour proposer des ateliers, nous laissons aussi une place à la pratique amateure. Enfin, tout en gardant une ambition artistique forte, nous avons aussi le souhait de nous laisser guider par les rencontres que nous faisons. Nous ambitionnons d’allier exigence photographique et ouverture au plus grand nombre.

Quels sont vos liens avec les autres acteurs des arts visuels en région, tant dans votre pratique artistique que dans l’organisation de votre festival ?

Dans le sud de l’Indre, nous sommes assez isolés au sein de la région et nous ne sommes pas si loin de Limoges. Mais dans ce relatif isolement, les rencontres se font peut être finalement plus facilement que dans les grandes villes! J’essaye de rencontrer de nouvelles personnes que ce soit dans ou en dehors de la région pour tisser du lien, indispensable dans nos métiers de photographe qui peuvent parfois être assez solitaires.

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