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Portrait · Laurent Baude

Artiste-Plasticien & Enseignant Chercheur

Portrait · Laurent Baude
Laurent Baude vit et travaille à Orléans. Il a rejoint l’ESAD Orléans en 2007 et a travaillé auparavant à l’École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg. Il enseigne la photographie et la culture de l’image. Enseignant chercheur de l'unité de recherche ECOLAB, il est directeur du programme de recherche Archéologie des Media et Images de l'ESAD Orléans.

Parlez nous de votre parcours professionnel et artistique.

Mon parcours professionnel et artistique sont liés, je produis de l’image depuis longtemps. J’ai débuté à une époque où les artistes avaient tous une double pratique : artistique et de commande. J’ai donc mené une pratique photographique d’architecture et de grand volume intérieur pour des missions liées entre autres à la conservation du patrimoine.

En dehors de ce travail de commande, j’ai développé une pratique plastique plus personnelle. Puis, au cours du temps, les deux ont commencé à s’entremêler. Le travail de commande s’est déporté sur un travail avec des galeries pour constituer des catalogues d’art contemporain et naturellement, cela a influencé ma production artistique.

De plus, j’ai un intérêt très fort pour la transmission. C’est pour cette raison que j’enseigne en école d’art. Aujourd’hui, je suis enseignant chercheur de l’Ecolab (unité de recherche de l’ESAD Orléans), je dirige un programme de recherche : archéologie des media et Images.

J’aime également produire avec des groupes sociaux avec qui je mène des ateliers de pratique artistique notamment pour des publics pour lesquels l’art contemporain n’est pas de fait destiné.

Pourriez vous nous parler de ce qui vous a poussé vers l’art ? Y a-t-il eu un moment ou une expérience décisive ?

La photographie a un côté un peu magique : voir apparaître l’image dans le révélateur me procure une émotion que j’ai toujours depuis cette découverte à l’adolescence.

Ce métier est aussi un métier de rencontres : certaines ont été marquantes. Pendant mes 4 années de collège, j’avais pour enseignant en histoire-géographie, Jean-Claude Brisseau (réalisateur de Noce Blanche…). Dans sa classe, il organisait pendant les cours des séances de visionnage avec son magnétoscope VHS transporté sur son vélo et également des rencontres avec des réalisateurs. J’ai également eu la chance de côtoyer à mes débuts Jacques Tissinier, un artiste-peintre et sculpteur (élève de Marcel Gromaire) qui avait une pratique singulière du volume. Les échanges avec Chris Marker et son travail ont été également marquants.

Comment décririez vous votre démarche artistique à quelqu’un qui n’est pas familier avec votre travail ?

Dans ma pratique, les questions relatives au territoire, à la mémoire et à sa transmission sont très importantes. Il y a également l’archéologie des média, l’histoire des images et l’évolution des outils d’enregistrement. Ma pratique a évolué au fil de mes recherches plastiques et lectures théoriques. Il n’y a pas forcément de méthode, chaque projet reste singulier. Malgré tout, je cherche à mettre en avant un concept, une idée avec une économie de moyen. Par exemple, la manière dont l’architecture s’est approprié la notion de déconstruction de Jacques Derrida a souvent accompagné mes projets.

Comment choisissez vous les outils et matériaux pour vos créations ?

Cette question est très liée à l’in-situ : j’utilise des choses qui vont sortir du territoire ou du dialogue collectif. Cela va contraindre la matérialité ce qui se traduit dans des images (qui peuvent être fixes, en mouvement), du volume et du texte, de l’installation, de l’édition, etc.

Quels sont vos projets actuellement ?

Je réalise 1 à 2 projets par an souvent en résidence. Je viens juste de terminer un projet Culture Santé DRAC/ARS Centre-Val de Loire et cofinancé par le dispositif Culture à partager de la Région Centre-Val de Loire. Nous avons réalisé la restitution en décembre 2024 suivi d’une exposition permanente. Il s’est déroulé à l‘Ephad de La Source, où j’ai collecté des images auprès des résidents pour réaliser des Albums et des Atlas (en référence à Aby Warburg) – avec l’idée d’interroger la mémoire collective, la fragilité des souvenirs avec l’intelligence artificielle générative.

Je considère mes temps de résidence comme des temps de préparation, d’atelier et de laboratoire. Je réalise un certain nombre de pièces qui sont ensuite en attente. Elles sont aussi, pour moi, un moyen de partager, d’éduquer à l’art par l’art et de faire de l’éducation à l’image.

Pour le mois de mars 2025, je prépare une exposition qui s’appelle Chimera_Obscura, à la galerie de l’ESAD Orléans, c’est un co-commissariat : Maurice Huvelin, Louise Cotte et moi même. L’exposition réunira, deux pièces du Frac Centre-Val de Loire, une pièce de Maurice Huvelin, une de mes installations Room Obscura et une sélection de pièces de jeunes artistes et designers diplômés de l’ESAD. Elle sera ouverte du 7 mars au 25 avril 2025.

En quoi ce type de réseau est-il essentiel pour un artiste aujourd’hui ?

J’ai rapidement adhéré au réseau, car dès les premières rencontres du Sodavi, il me paraissait essentiel d’avoir un réseau régional. La région Centre-Val de Loire est vaste et éclatée en pôles éloignés les uns des autres. On ressent également un déficit de structures sur le territoire. Nous avions vraiment besoin de nous structurer en réseau et d’avoir des lieux de ressources et d’échanges : c’est vraiment ce qui nous manquait.

Baude Laurent • devenir•art