Portrait · Jérôme Cotinet‑Alphaize
Commissaire
Quel est votre parcours professionnel ?
J’ai été étudiant (deux ans) aux Beaux-Arts de Tours ce qui est très important dans ma relation avec les artistes puis j’ai fait un doctorat à l’université en histoire de l’art sur les écrits de Donald Judd. Parallèlement, et pour gagner ma vie, j’ai commencé à être monteur pour les expositions au CCC OD.
Après mes études, j’ai été professeur en histoire de l’art à l’université de Tours et dans plusieurs écoles d’art. J’ai aussi été assez vite connu à Tours comme commissaire indépendant et critique d’art, à la fois avec la revue Laura, Art press, Zéro deux… et sur le festival interdisciplinaire Rayon Frais.
A partir de 2008, j’ai été directeur du Centre d’art contemporain du Fort du Bruissin à Lyon ce qui m’a permis de signer l’exposition « No(t) Music » dans le parcours officiel de la biennale de Lyon, puis je me suis occupé du Transpalette à Bourges jusqu’à sa rénovation.
Depuis 2012, je travaille exclusivement comme indépendant et notamment en tant que commissaire associé car j’accompagne des artistes à long terme sur leurs projets. Certains de ces artistes vivent en région, d’autres hors région et d’autres à l’international.
Quel est le dernier gros projet sur lequel vous avez travaillé ?
C‘est un projet qui s’appelle « Some Of Us » qui est au départ une exposition des artistes françaises au 21e siècle, dans un centre d’art en Allemagne, au nord d’Hambourg. J’y ai été invité à faire une rétrospective de la scène française.
Le lieu dans lequel se situait cette exposition, a la particularité d’être une ancienne fonderie intégrée à un grand groupe sidérurgique, dirigé par des femmes depuis les années 20. Pour cette rétrospective, j’ai souhaité mettre en avant ce contexte sociétal et profiter de cette occasion pour contribuer à la ré-écriture de l’histoire des artistes françaises, fortement nécessaire. Nous avons exposé 174 artistes et un peu moins de 300 œuvres.
Marianne Derrien (commissaire indépendante) m’a rejoint sur ce projet et nous avons imaginé dans un second temps une sorte d’exposition idéale au sein d’une édition. Le livre est un moyen d’avoir plus d’artistes et plus d’œuvres dans un même lieu. Il nous a permis de réunir 450 artistes et 2500 œuvres sous la forme d’un essai curatorial uniquement à base d’iconographie. Cette anthologie est sortie en avril 2024, nous en avons fait sa promotion pendant plus un an et désormais, nous continuons avec des workshop en école d’art sur la place des artistes contemporaine.x.s. Nous travaillons également sur des projets d’expositions monographiques sur des artistes issues de notre repérage.
Comment avez-vous procédé pour effectuer le travail de recherche ?
Le commissaire travaille la plupart du temps avec ses propres affinités : programmer un·e artiste lui permet d’affirmer son goût et d’avoir une parole sur son travail. Avec le projet, nous avons procédé de la manière inverse pour essayer d’être représentatif et d’aller au-delà de nous-même.
Pour effectuer le repérage, nous avons compilé des bases de données et nous avons demandé aux lieux de nous fournir leurs archives d’exposition, ce qui nous a permis d’arriver à un répertoire d’environ 2000 artistes. Il a fallu ensuite défendre chacune des artistes devant un comité éditorial, que nous avions constitué.
Effectuer ce travail de recherche a-t-il eu un impact sur votre pratique professionnelle ?
Bien sûr ! Avant, je travaillais sur des esthétiques qui étaient quasiment toujours les mêmes et notamment avec des artistes qui font de l’installation. Travailler sur ce projet, m’a obligé à regarder d’autres choses et à m’y intéresser quoi qu’il arrive. Je me suis mis à apprécier de nouvelles choses, ce qui m’a permis de renouveler mon point de vue. Ce qui est assez sain…
Les femmes dans l’histoire de l’art contemporain : est-ce un choix militant pour vous ?
Nous avons commencé à travailler sur ce projet au tout début du mouvement « #me too » et j’avais déjà programmé au Transpalette des expositions exclusivement d’artistes femmes, mais sans que ce soit quelque chose d’explicitement affirmé. Après « #me too », ce n’était plus possible de faire quelque chose sans se dire « il faut être offensif sur la question » ! Cette anthologie m’a également donné envie de reprendre pied avec l’’histoire de l’art et s’il y avait un endroit où il y a un énorme manque dans la représentation des femmes, c’est bien celui-ci.
Quels sont vos projets dans le futur ?
Je travaille sur des projets monographiques de femmes artistes au sein du projet « Some Of Us » et aussi avec les artistes que j’accompagne sur des projets de commandes publiques et des expositions à l’international. Je travaille principalement sur des projets à long termes.
Quel est votre lien avec la région Centre-Val de Loire ?
J’ai fait toutes mes études à Tours et j’y vis depuis 30 ans maintenant. J’ y ai été très présent, puis moins car j’ai été président de CEA pendant 9 ans et vice-président du Cipac pendant 4 ans. Mais maintenant, j’espère reprendre petit à petit une présence quotidienne plus grande en région Centre-Val de Loire.