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Portrait · Celsian Langlois

ARTISTE-PLASTICIEN

Portrait · Celsian Langlois
Celsian Langlois est artiste, il vit et travaille à Cormeray (41). Il étudie la musique au conservatoire avant d’être diplômé de l’ENS Louis-Lumière en 2016, puis développe une pratique autour du son et de l’écoute.

Quel est ton parcours professionnel ?

J’ai fait le conservatoire de musique assez jeune, ce qui a été assez déterminant dans mon parcours. Puis j’ai étudié le son dans une formation plus technique qu’artistique avant d’entamer ma pratique artistique, il y a une petite dizaine d’année maintenant.

Comment décris tu ta pratique artistique à quelqu’un qui ne la connaît pas encore ?

Ma pratique se développe dans le champ de l’art contemporain et de la musique expérimentale, car je travaille essentiellement le son par le biais d’installations sonores, de performances et de compositions.

Je m’intéresse à l’écoute en tant que phénomène, aux différentes modalités d’écoute, aux formes que l’écoute prend dans notre société, etc. Quasiment tous mes projets partent de sons enregistrés que je compose et recompose dans le temps et l’espace.

En ce moment, mes installations tendent à prendre la forme d’enceintes à hauteur d’oreille, mais je travaille aussi sur des formes parfois plus visuelles ou avec des outils plus spécifiques (comme par exemple des stéthoscopes). Mes pièces proposent toujours une adresse à un auditeur, en lui donnant une place importante, afin qu’un lien se crée entre les lui et un son.

J’ai notamment une appétence pour le hors-champ, ce qui est caché, ce qui n’est pas accessible de prime abord. Dans tous mes travaux, le son révèle certaines choses qui nous échappent, en ligne de fond et de manière assez ludique.

Peux-tu présenter les projets les plus marquants pour toi jusqu’à présent ?

Je peux parler de deux pièces qui ont été marquantes pour moi. La première, qui s’appelle « Noéline coté parc », a été installée et montrée au Musée d’Art Contemporain de Lyon en 2019. Pour cette pièce, j’avais travaillé avec une cuisinière, nommée Noéline. Dans le cadre de ce projet, elle est venue vendre à manger chaque dimanche matin devant le musée pendant le temps de l’exposition. Une radio posée sur son établis de fortune diffusait les sons de l’exposition en temps réel, assez industriels, ce qui créait la surprise et une situation étrange – d’autant que le musée est assez isolé et n’est pas situé dans un quartier dans lequel on va flâner. C’est une pièce qui me plaît pour son apparente simplicité et pour la manière dont elle se saisit de la réalité.

La deuxième pièce, nommée « Opératrices », date de 2024 et a été montrée au CCC OD puis au château de Fougères-sur-Bièvre. Régisseur.euse de scène est un métier de l’opéra, très féminisé, qui consiste à coordonner, par leur voix, l’ensemble des artistes et le personnel technique afin que chacun suive le chef d’orchestre. Les personnes qui exercent ce métier, très souvent des musicien.nes ou danseur.euses, ont de très hautes responsabilités et en même temps elles sont très invisibilisées. Dans cette pièce, on entend des enregistrements d’opératrices lors de représentations, complètement isolées de leur environnement : ce sont deux voix de femmes dans deux spectacles différents. Les voix décrivent une scène à laquelle nous n’avons pas accès dans un langage technique, ce qui fait apparaître un hors-champs à leur écoute.

Ce qui me plaît, c’est de déléguer la dimension temporelle. Ici, je me rapproche de la temporalité de ces opératrices donc la composition leur appartient : c’est une question essentielle dans mon travail.

Quels sont tes projets actuellement ?

Je m’intéresse à la chasse à courre depuis quelque temps, qui est une pratique encore assez active en Touraine et en Sologne. La Sologne est un endroit qui m’a toujours intrigué, car c’est territoire très secret qui abrite beaucoup d’inégalités et notamment de grands propriétaires terriens.

La chasse à courre a d’abord attiré ma curiosité dans son aspect ritualisé, qui peut nous sembler complètement anachronique. Aussi, en m’y intéressant, j’ai mieux compris le lien avec la nature, la forêt et les animaux dans lequel cette pratique s’inscrit. Notre relation à la nature et à la ruralité s’est déplacée, d’un espace de travail vers un espace du pittoresque. Les pratiques qui s’inscrivent dans un autre paradigme que celui de la contemplation nous sont devenues inacceptables. La chasse à courre est une survivance de cet ancien cadre sociétal, qui a conservé un lien avec la mort socialisée de l’animal. Je pense que cette pratique a à dire de nous aujourd’hui et de notre relation à l’animal et au sauvage. S’intéresser à la chasse à courre permet de s’intéresser à un nœud sociétal complexe, aux relations de prédation, mais également une pratique particulièrement sonore qui dispose d’un langage musical propre.

Tu as créé Atelier Canard avec Pauline Toyer, peux-tu en parler ?

Atelier Canard est une association a pour vocation de proposer un festival biennal, Réunion Confort, entre art contemporain et musique expérimentale, à Cormeray. C’est deux jours, durant lesquels on s’amuse beaucoup, avec une exposition, des concerts et performances. Durant le festival, on rejoue des notions qui me tiennent à cœur – la représentation, la temporalité et l’espace – grâce à la mise en espace et en son du lieu. C’est aussi une joie de voir le public rassemblé pour écouter de la musique expérimentale, qui est aussi peu représentée, en pleine campagne. La prochaine édition se tiendra en 2026.

Quel sont tes liens avec les autres membres de devenir·art ?

J’ai rejoint devenir·art durant le Sodavi et j’ai trouvé super que le réseau fédère à la fois les artistes et les institutions de la région. Avec Pauline Toyer, le réseau nous a aidé pour rencontrer les acteur·rices du territoire, ce qui a un impact sur notre activité dans la région aujourd’hui. Pour moi, devenir·art a joué son rôle de fédérer et de présenter entre eux·elles les acteurs et actrices.

Langlois Celsian • devenir•art