Portrait · Marion Chevalier
Artiste-plasticienne
Quel est votre parcours ? Comment s’est développée votre envie de travailler dans les arts visuels ?
J’ai toujours été animée par le besoin de créer et l’envie d’en faire mon métier. Dès l’enfance, j’ai eu la chance de suivre des cours d’Arts-plastiques, d’y découvrir et d’y experimenter de nombreux médiums.
Après le lycée, j’ai suivi un BTS audiovisuel. J’y ai développé ma sensibilité à l’image, par le travail du cadrage et de la lumière. J’ai ensuite intégré l’EESI à Poitiers pour 5 années. Ce cursus m’a permis de développer véritablement ma démarche artistique.
Comment décririez vous votre production à quelqu’un qui ne la connaît pas encore ?
Je travaille sur la relation de l’humain au vivant, en questionnant notamment la notion de « paysage ». En Occident, on le définit comme une « partie de pays où la nature se présente à l’œil qui la regarde ». On ne considère ici que la vue, or, tous les sens sont conviés dans cette rencontre, elle est bien plus sensible… Cette définition est pour moi l’expression d’une philosophie profondément ancrée au sein de notre société : nous nous pensons à l’écart du vivant, alors que nous sommes interdépendants.
Aujourd’hui, j’ai principalement une pratique de la vidéo et de la peinture, qui s’étend parfois à d’autres médiums. Mes vidéos sont en lien direct avec le réel, elle le questionnent. Mes peintures sont réalisées sur plexiglas transparent, elles évoquent des « paysages » ou des phénomènes naturels. Certaines sont éphémères : la peinture s’effrite, annonce une perte à venir… Je récupère les fragments pour les réutiliser dans d’autres œuvres.
Quel projet vous a jusqu’à maintenant le plus marqué ?
Lorsque j’ai débuté mes recherches sur le « paysage », j’ai travaillé sur deux projets vidéo participatifs.
- Dans Wisła, je me suis demandée ce qu’il adviendrait du « paysage » si on ne le voyait pas. J’ai invité deux personnes non-voyantes à décrire un lieu au bord de la Vistule, à Varsovie.
- Dans Sur les hauteurs, La Roussille, j’ai invité des personnes voyantes à décrire un lieu, sous deux points de vue : le premier permettait au regard de se déployer jusqu’à l’horizon, le second le barrait au moyen d’un mur de pierre.
Dans ces travaux, la simple description devenait vite une interprétation très personnelle. Ces projets m’ont énormément troublée… Que s’était-il joué dans la relation aux participant·es ? Qu’est-ce qui, à la fin, faisait œuvre ?
Vous avez un intérêt particulier pour la transmission. Pouvez-vous en parler ?
Suite à ces deux projets, j’ai cherché des réponses dans la médiation. Un service civique à Mains d’œuvres (Saint-Ouen) puis un emploi de médiatrice en art contemporain à l’Antre Peaux (Bourges) m’ont appris à m’adapter à divers types de publics.
En 2022, j’ai suivi la formation CEPIA (Centre d’Étude au Partenariat et à l’Intervention Artistique) à l’ENSA Bourges. Depuis, je réalise régulièrement des interventions artistiques auprès de publics variés. J’amène les participant·es à traverser un processus de création, faisant écho aux enjeux de ma propre pratique. Je tente de les faire réfléchir de manière sensible à leur relation au vivant, de les ouvrir au champ de la création, d’attiser leur sens critique, etc. J’aime bien dire que je plante des graines, qu’elles germeront peut-être un jour… Mais en vérité, le partage se fait dans les deux sens.
L’intervention artistique est l’endroit où je rencontre de l’altérité, cela me permet de sortir de l’entre-soi du milieu de l’art, de me confronter à d’autres réalités. C’est une manière d’apprendre à faire société.
Quels sont vos projets actuellement ?
Je travaille en ce moment sur plusieurs projets.
L’un tente de valoriser la diversité des fleurs qui poussent dans les espaces que je traverse au quotidien et de raconter le “paysage” d’une autre manière. Je réalise des compositions mélangeant peinture, fragments de gouache et pétales séchés sur du plexiglas. Je photographie ensuite ces compositions par transparence.
J’ai également débuté des recherches autour du microbiote intestinal. S’il est essentiel à notre santé globale, il influence aussi nos émotions, nos capacités de sociabilisation… Cela nous amène à redéfinir l’espèce humaine : nous sommes des êtres symbiotiques. Pour redonner de la valeur à ces bactéries intestinales, je les représente en fils d’or et de couleurs grâce à la technique de la broderie. Ce travail est en cours d’expérimentation.
Quels sont vos liens avec la Région Centre-Val de Loire et le réseau devenir·art ?
Je suis arrivée dans la région en 2019, pour travailler à l’Antre Peaux. Cela m’a permis de mettre rapidement un pied dans le réseau régional. Le Cycle Arts Visuels et la formation CEPIA m’ont aidé pour faire de nouvelles rencontres. J’aime aussi participer aux journées organisées par devenir·art. Elles sont l’occasion de créer du lien avec les artistes, les équipes et structures culturelles travaillant sur le territoire, de partager nos réflexions, de faire évoluer nos métiers et de faire valoir nos droits.