Max ERNST. Influences primitives.
Oeuvres et objets issues de la Collection Maison Max Ernst.
Dès sa jeunesse à Brühl en Allemagne, Max Ernst (1891-1976) se montra curieux des productions marginales et populaires. Mais c’est à Bonn en 1910, lors de ses études universitaires, qu’il découvre les créations de patients internés en psychiatrie et les pièces africaines de son ami August Macke, le peintre expressionniste du Blaue Reiter. Rappelons qu’au début du siècle à Paris, pour les artistes Fauves, Derain et Vlaminck, ou Picasso qui les découvre en 1907 au Musée de l’Homme, la possession ou la rencontre des masques africains sont une source d’inspiration plastique. Chez Max Ernst, l’intérêt pour les cultures non occidentales apparait au retour de la guerre en 1919, après ses productions dada ou métaphysiques. Ainsi du tableau L’Eléphant des Célèbes de 1921 qui reproduit la construction en terre d’un grenier à céréales du Niger et emprunte le nom de l’île indonésienne. Ou de tel collage utilisant un monolithe de l’Ile de Pâques. Mais c’est lors de son exil à New York en 1942, qu’accompagné d’André Breton et Claude Lévi-Strauss, il fréquente les antiquaires et acquiert des objets amérindiens, des sculptures Hopi ou Zuni, des totems ou encore cette pagaie de Colombie-Britannique…qui figurent dans une composition murale de l’appartement de Peggy Guggenheim et Max Ernst. En construisant leur maison et atelier à Sedona, Arizona en 1946, Max et Dorothea Tanning voisinent avec le territoire des Indiens Hopi et Zuni. Max décorera plus tard les parpaings du mur de la maison de têtes, masques et animaux, et installera un impressionnant pilier/totem amérindien, sculpté en bois, à l’entrée de la maison. Puis en 1948, il réalise en extérieur sa sculpture monumentale en ciment Capricorne, aux références culturelles multiples. Le pilier/totem représentant une femme allaitante, du peuple Kwakiutl de Colombie-Britannique, visible dans le triplex à New York en 1942 et à Sedona en 1948, voyagera jusqu’à Huismes en 1956 où il s’imposera dans le salon de la maison. Transmis à l’Etat par donation au Musée de l’Homme, le pilier est exposé aujourd’hui dans la Galerie des cinq continents au Musée du Louvre.
La référence au masque est aussi présente dans ses peintures, avec un formalisme primitif appuyé, comme en témoigne l’affiche de son exposition à la Galerie René Drouin à Paris en 1950. De retour en Europe avec cette exposition et les influences amérindiennes des paysages et leurs habitants, Max Ernst a quitté le champ surréaliste. Pendant l’été 1952, du 21 juin au 9 août, Max Ernst séjourne à Honolulu, où il a dispensé une trentaine de conférences et rencontres à l’Université d’Hawaï sur le thème Traces d’influences des arts dits primitifs sur l’art de notre temps. La production sculpturale de l’artiste est largement inspirée de ces arts dits primitifs, tant sur le plan iconographique que plastique, et plus particulièrement dans la verticalité du sujet et sa dimension anthropomorphique. Chez Max Ernst la totalité du corps s’impose et pas seulement le masque ou le visage. Toutefois sa sculpture découle de l’esprit du collage par l’assemblage d’objets moulés. Elle est de conception moderne et conceptuelle à l’opposé des productions monoxydes en bois, africaines ou océaniennes. Hormis les gros galets en granit réalisés en 1935 chez Alberto Giacometti en Suisse, sculptés, peints et colorés en surface, les sculptures qui suivent seront en plâtre en attente d’une hypothétique fonte en bronze ; ou sculptées et agrandies en pierre comme Corps enseignant pour une école de tueurs , La plus Belle ou Big Brother réalisées à Huismes de 1965 à 1967 à l’atelier de Gilles Chauvelin, mais toujours monochromes dans leur matériau sans ajout de couleur donc. A Huismes (1955- 1967) dans la salle à manger, un masque kanaga dogon trônait sur le réfrigérateur, un cimier bambara en haut du buffet et un bouclier océanien au mur avec les ustensiles de cuisine …Dans le salon près du grand pilier Kwakiutl, était accrochée une serrure de grenier africain et un masque dogon voisinait avec une petite sculpture de Max posée sur le dessus de la commode. Episodiquement au mur de son atelier peinture, un masque lièvre ou singe du pays Dogon était accroché en hauteur ; et à l’étage un masque Zuni était suspendu à la charpente près d’un mobile d’Alexander Calder. C’est en1960 au Pin perdu, que Max offrira à l’artiste Didier Bay la pagaie amérindienne du peuple Haïda de Colombie-Britannique suspendue dans cette exposition. Ainsi les archives photographiques des lieux de vie de Max Ernst à Paris, New York, Sedona ou Huismes, témoignent de son intérêt pour ces influences primitives et les cultures non-occidentales.
L’exposition s’inscrit dans le cadre du Festival Ar(t]chipel 2026, avec la Région Centre -Val de Loire et le Centre Pompidou, qui honorent cette année la mémoire d’Alexander Calder et de Max Ernst décédés en 1976.
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